COLLABORER ET PRODUIRE POUR CONSTRUIRE DES COMPETENCES 

1. Pourquoi et comment mettre en œuvre un travail collaboratif ? 

Les interactions entre élèves facilitent la consolidation et l’acquisition de compétences car elles obligent à un effort de décentration ainsi qu’à une verbalisation des problèmes rencontrés, des actions et des solutions proposées. Chacun est incité à orienter son activité vers les autres : attention, reformulation, négociation... On se réfère ici à la notion d’intelligence collective. 

Le scénario pédagogique conduisant à réaliser, à plusieurs, une tâche donnée aboutissant à une production commune rend nécessaire l’interaction au sein du groupe, lors de l’échange d’informations par exemple, en lien avec la répartition des rôles et des responsabilités. L’enseignant, auteur du scénario pédagogique, a accès aux productions en cours d’élaboration et accompagne le fonctionnement du groupe. 

La mise en activité collaborative encourage l’autonomie et la créativité de chaque élève. Et c’est par le biais d’une pédagogie de projet que le travail collaboratif et la production des élèves trouvent tout leur sens. 

Les situations d’écriture collaborative ou de préparation à plusieurs d’une tâche ne sont pas nouvelles mais sont réinterrogées par les outils numériques qui permettent : 

-  l’immédiateté de la communication et du partage de la production (outils : e-mail, chat, commentaires...) ;

-  la démultiplication des espaces/temps de travail ;

-  une grande facilité de sauvegarde et de comparaison d’une version à l’autre ;

-  la versatilité d’outils autorisant à la fois communication et production ;

-  la créativité, notamment favorisée par la variété des outils de production ;

-  un accès au savoir avec des outils de recherche, d’indexation, de classement ;

-  une coordination aisée par les agendas et les outils de gestion des tâches...
Par exemple, la simple vidéo-projection de productions individuelles différentes (scannées, photographiées, enregistrées, filmées...) rassemblées sur un même écran peut permettre de les confronter en encourageant les interactions orales en vue de l’élaboration d’une production commune ou de l’amélioration de chaque production individuelle.

2. La collaboration numérique, un objet d’apprentissage

Le contexte numérique des élèves hors la classe est largement structuré par l’utilisation des réseaux sociaux. Il s’agit de construire les conditions d’une éducation à la collaboration numérique en trouvant le juste équilibre entre l’enthousiasme devant l’ouverture des possibles et l’obsession sécuritaire devant les risques induits afin de développer une triple compétence :

-  comprendre le potentiel des outils collaboratifs ;

-  réfléchir aux contraintes que font peser les interfaces utilisées sur les productions ;

-  être en mesure de réfléchir à ses propres pratiques collaboratives à partir d’une démarche réflexive.


Travailler sur la mémoire des échanges comme des différents états de la production confronte l’élève à des traces de son activité et développe donc une attitude réflexive. L’outil numérique rend possible, en effet, la sauvegarde des données lors de phases intermédiaires, qui sont autant de « brouillons » sur lesquels les élèves et les professeurs peuvent travailler, que ce soit sous forme de fichiers médias, de vidéos (à l’aide d’un smartphone, d’un visualiseur ou d’une tablette) ou de fichiers enregistrés à des moments différents. L’enseignant, dans une posture d’accompagnement, aide l’élève à expliciter ses procédures et ses raisonnements, à identifier et surmonter les obstacles rencontrés, à construire son autonomie intellectuelle et à progresser. 

Le professeur doit apporter les connaissances nécessaires à une utilisation consciente des outils numériques mobilisés, y compris en acceptant l’utilisation d’outils théoriquement “interdits” en classe (smartphones). 

 

3. Réaliser des productions numériques 

Mettre l’élève en situation de produire vise à développer ses capacités d’appropriation d’une part, de créativité d’autre part. Si on postule parfois que pour les élèves d’aujourd’hui les outils numériques présenteraient un besoin de médiation moins important que l’écriture “traditionnelle” et provoqueraient plus d’appétence, cela ne doit pas occulter qu’ils mettent en jeu des capacités et des apprentissages propres et donc nouveaux. Pour autant, on ne doit pas exclure les élèves qui ne sont pas à l’aise avec l’outil ou ceux qui en expriment un rejet. 

Les outils de bureautique, d’acquisition et de traitement du son et de l’image sont dans l’environnement professionnel ou personnel d’un usage courant pour tous. Il importe donc que l’Ecole contribue à une maîtrise efficace de ces outils en les mobilisant au service d’apprentissages. Cependant on observe des pratiques qui ne sont pas toujours réfléchies et efficientes pour les élèves. Dans le cas des réseaux sociaux, s’ajoute un objectif de formation civique. 

La maîtrise des outils numériques usuels implique donc un apprentissage spécifique qui permette aux élèves de comprendre les éléments principaux de leur fonctionnement afin de pouvoir en faire un usage émancipé, transférable d’un environnement à l’autre, au-delà du stade intuitif. Pour être durable, cet apprentissage ne peut être pensé qu’articulé à des productions qui font sens dans les champs disciplinaires. 

Les outils numériques nourrissent également la production par des formes variées qui se complètent et se renforcent : 

-  supports pour développer des capacités de mises en relation dans le cadre d’opérations intellectuelles complexes, avec une visualisation concrète de celles-ci ;

-  mise en tension de l’écrit et de l’oral par un support à la prise de parole en présentiel et par l’exploitation d’enregistrements ;

-  souplesse d’écriture du traitement de texte, avec la suppression de l’obstacle de l’écriture au stylo, l’immédiateté des modifications ou l’aide apportée par les correcteurs orthographiques, ce qui modifie le statut de l’erreur.

 


Dans ce contexte de travail, le professeur doit apprendre aux élèves à choisir les outils de communication adaptés et donc à en identifier les potentialités et les limites. 

Les vidéoprojecteurs, avec ou sans tableaux interactifs, facilitent l’animation des séances et la présentation des productions que toute la classe peut observer confortablement, constituant ainsi une aide majeure à la compréhension collective des études proposées. Des échanges voire des débats en dehors des cours augmentent encore la participation et la communication des élèves entre eux sur des thèmes qui peuvent prolonger la réflexion collective grâce aux forums et blogs à visée pédagogique. Cette démarche permet aussi un travail particulièrement intéressant sur l'erreur. 

Des logiciels spécifiques permettant la réalisation de montages, de prototypes, de mesures, de cartes et de plans, de traitement des images et des documents, facilitent l’accès à la création des élèves, leur prise d’initiative et le travail en autonomie. 

Avec les outils numériques mobiles, les élèves ne sont plus seulement des récepteurs passifs, ils puisent de nombreuses images et les diffusent via Internet. Ils participent au «bruit» médiatique où les images sont omniprésentes. Aujourd’hui, elles changent de codes, d’échelles, de supports, de modalités de diffusion au gré des outils, des usages, des diffusions, ce qui nécessite une articulation à un questionnement lié à ces nouveaux enjeux : 

- pourquoi et comment, dans un enseignement d’arts plastiques ou d’histoire des arts par exemple, maintenir des équilibres entre matérialité et virtualité ? 

 

- comment les pratiques numériques favorisent une meilleure compréhension des œuvres et des images ?