1. La chrétienté médiévale

 

Problématiques

 

Le programme invite à s’intéresser au phénomène qui donne son unité à l’Europe médiévale : l’omniprésence de l’Église et de la religion chrétienne.

Ce phénomène est mis en évidence dans deux de ses dimensions :

− L’importance de la religion dans la vie et les représentations des chrétiens de l’époque médiévale ainsi que le poids de l’Église dans les différents domaines de la vie économique, sociale et culturelle : une première étude (un monument ou une oeuvre d’art) replacée dans son contexte, permet de montrer la place dominante de l’institution ecclésiastique, appuyée sur un système de croyances qui se développe et se complexifie.

− Le renforcement de la cohésion et de l’encadrement de la chrétienté s’accompagne d’une intolérance croissante à l’égard de la dissidence religieuse : une seconde étude met ainsi l’accent de manière dynamique sur le développement de la doctrine religieuse ainsi que sur le processus de renforcement de l’influence et du contrôle de l’Église sur la société avec l’appui du pouvoir politique, suscitant un renouveau des contestations souvent qualifiées d’ « hérésies », qui sont durement réprimées.

 

abbatiale de Conques

 

  1. La puissance de l'Église

 

1.1. L’organisation de l’Église

 

 

• L'Église catholique, majoritaire en Europe, est une institution hiérarchisée. À sa tête se trouve le pape, élu par les cardinaux. Il siège à Rome, dont il est l'évêque.

• Les fonctions ecclésiastiques sont exercées par les clercs, qui constituent le clergé. On distingue le clergé séculier et le clergé régulier

- les membres du clergé séculier vivent parmi les laïcs (« dans le siècle », selon le vocabulaire chrétien). La communauté de base est la paroisse, dirigée par un curé ; les paroisses sont groupées dans un diocèse, administré par un évêque ; certains diocèses sont réunis dans un archidiocèse (ou archevêché) sous l'autorité d'un archevêque ;

  • les membres du clergé régulier obéissent à une règle (d'où leur nom). Ils vivent à l'écart du monde, dans des abbayes, des monastères ou des couvents. De grandes abbayes, comme celles de Cluny ou de Cîteaux, ont exercé leur influence dans l'Europe entière.

 

1.2. L'Église encadre la société

• Le clergé possède des terres, il perçoit un impôt (la dîme) et reçoit des dons, moyens d'intercession entre Dieu et les hommes. Il assure la reproduction spirituelle de la société grâce aux sacrements et à la diffusion de la parole divine. Il dirige le culte, les sacrements. Il s'occupe des pauvres et des malades dans les hôpitaux ou dans les hospices de monastère.

  • Le clergé s'occupe de l'enseignement dans les monastères et les écoles urbaines dépendant de la cathédrale. La sculpture et la statuaire offrent des représentations du message évangélique (tympan de l'église de Vézelay, du lite siècle, figurant le Christ envoyant ses apôtres convertir les «peuples de la terre»).

 

1.3. L'Église impose ses règles

 

 

• Seule autorité indiscutée d'une Europe déchirée, l'Église impose ses articles de foi (les dogmes) et sa morale. Elle taxe d'hérésie la contestation d'un dogme et l'hérétique encourt l'excommunication (l'exclusion de la communauté chrétienne). Elle condamne les vaudois et les cathares qui, scandalisés par son faste, se groupent en communautés attachées à l'idéal de pauvreté des premiers chrétiens. Les tribunaux de l'Inquisition, créés en 1231-1233 pour punir ces déviances, en viendront peu à peu à s'attaquer à toutes les hérésies.

  • L'Église cherche à contenir la violence. La trêve de Dieu interdit tout combat à certains moments de l'année (avant Noël, pendant le carême...). La paix de Dieu interdit de s'attaquer aux non-belligérants, aux lieux de culte, aux bâti- ments d'utilité publique et au bétail. L'asile est accordé à tout individu poursuivi réfugié dans une église.

 

 

2. La vie d'un chrétien

 

 

2.1. La naissance, le mariage et la mort : des actes sacrés

 

• Le baptême, le premier des sacrements, fait entrer le baptisé dans la communauté chrétienne ; c'est une promesse de salut éternel.

• Le mariage est un sacrement que les époux se donnent l'un à l'autre et qui établit entre eux un lien indissoluble. Interdit entre membres d'une même famille, il encadre la sexualité et la procréation.

  • L'extrême-onction est donnée aux mourants qui se repentent de leurs fautes. Elle épargne au pécheur, réconcilié avec Dieu, les feux de l'enfer.

 

2.2. Une vie chrétienne

 

• Le dimanche et les jours de fête, la messe rassemble les fidèles dans l'église, édifice consacré et centre des pratiques sociales. Lectures extraites de l'Écriture sainte, prières et homélie (sermon au ton familier) précèdent l'eucharistie, consécration par le prêtre du pain et du vin, qui sont changés en corps et sang du Christ en mémoire du dernier repas de Jésus avec ses apôtres. Les fidèles sont conviés à partager ce pain et ce vin consacrés : c'est la communion.

• Tout fidèle doit communier au moins une fois l'an, à Pâques ; il aura reçu, auparavant, le sacrement de pénitence, en confessant ses péchés à un prêtre qui lui aura accordé l'absolution.

• La journée est rythmée par les cloches de l'église. L'année est rythmée par le repos du dimanche et les fêtes chômées : Toussaint, Noël, Pâques, Pentecôte, etc.

• L’aumône(don en nourriture ou d’argent) et l’assistance aux pauvres contribuent à assurer le salut éternel du chrétien.

  • Par piété ou pour expier ses péchés, on se rend parfois en pèlerinage vers des Lieux saints (Jérusalem, Rome, Saint- Jacques-de-Compostelle à partir du XIe siècle).

voir la page de la BNF consacrée aux pèlerinages

 

2.3. Culte marial et saints

 

• Lecultemarial

Le culte marial se répand en Occident à partir des IX -X siècles. La Vierge Marie est la première créature sauvée, rachetée : le couronnement de la Vierge est souvent représenté sur les porches des cathédrales. La spiritualité mariale repose sur l'idée que la Vierge est l'intercesseur le plus puissant et le plus efficace car son Fils ne peut rien lui refuser.

 

• Les saints ont également un pouvoir d'intercession. Leur culte est au coeur de la piété médiévale. À partir du XIII sont présentés comme des modèles de vertu, de piété, et l'art met l'accent sur leur vie et leurs miracles. En 1265, le dominicain Jacques de Voragine rédige La Légende dorée, une sorte d'abrégé des vies de saints selon l'ordre du calendrier.

  • Au cours de l'année prennent place des processions, marches solennelles accompagnées de prières et de chants, destinées à honorer un saint ou à implorer de bonnes récoltes.

 

3. Une mutation de la spiritualité 

 

3.1. L'art au service de l’Eglise

 

• À partir du XI

une grande culture théologique pour être comprises. Scènes tirées de l'Écriture sainte, prodiges, Christ en majesté, saints et monstres côtoient de multiples images du démon qui terrifie les fidèles.

  • Témoin de la supériorité intellectuelle de certains clercs qui aiment les énigmes, l'art est fait pour être admiré, et non pour être compris des fidèles : la beauté du matériau (pierre, métal, lumière) et la capacité de l'artiste à permettre à l'âme humaine de se projeter dans la matière se suffisent à elles-mêmes.

 

3.2. L'art roman

 

 

• Le renforcement du sentiment religieux est favorisé par la construction d'églises. À partir du XIe siècle, le style roman se répand parallèlement à l'extension du rayonnement des ordres monastiques de Cluny et de Cîteaux dans l'ensemble de l'Europe occidentale, et en relation avec la multiplication des étapes sur les routes de pèlerinage (basilique de Vézelay, église Sainte-Foy de Conques, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle).

 

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• L'art roman se caractérise par sa dimension de mystère : les églises sont sombres. Si les édifices cisterciens n'ont pas d'autre décor que celui des jeux de la lumière entre les différentes ouvertures et échappées de l'architecture, les églises urbaines et les monuments clunisiens, eux, arborent un décor très riche chapiteaux qui coiffent les colonnes, tympans qui surmontent les porches, fresques sur les voûtes, comme à Saint-Savin-sur-Gartempe.

• L'abbaye de Fontenay, fondée en Bourgogne par saint Bernard en 1118, est l'une des plus anciennes abbayes cisterciennes issues de Cîteaux.

L'ensemble, très sobre, est construit en pierres de taille. La disposition et la forme des bâtiments reflètent la rigueur de l'esthétique cistercienne et la règle de saint Benoît, qui régissait la vie des moines cisterciens : un équilibre quotidien entre la prière, le travail et le repos.

siècle, les images, sculptées ou peintes, sont constitutives de l'identité chrétienne, mais elles demandent

Le long bâtiment conventuel (dortoir des moines) est relié directement à l'église abbatiale, dont on aperçoit le chevet (à droite). Outre ces e

deux bâtiments, l'abbaye abrite notamment un cloître, une salle capitulaire, un scriptorium, un réfectoire et une forge (XII siècle), contribuant à faire de Fontenay un foyer de proto-industrialisation.

 

3.3. L’art gothique

 

  Le style gothique, né en Île-de-France à la fin du XIIe siècle, se substitue peu à peu au style roman, d'aspect massif et sombre à l'intérieur. Il célèbre la lumière intérieure de l'édifice et la légèreté de l'architecture.

 

  L'art gothique correspond à une modification de la spiritualité religieuse le Verbe se fait lumière. À l'aide de nouveaux procédés techniques - la croisée d'ogives et les arcs-boutants qui « contiennent » les hauts murs -, l'architecture favorise l'entrée des rayons lumineux par de hautes fenêtres munies de vitraux colorés, transformant ainsi l'intérieur de l'édifice en « Jérusalem céleste » faite de pierres précieuses.