À la fin du XIXe siècle, le journaliste et photographe Jacob Riis révèle les conditions de vie déplorables des familles d’immigrants à New York. C’est le début de la photographie sociale aux États-Unis où la représentation de l’enfant pauvre tiendra une place majeure. Ses photographies, projetées au cours de conférences faites par l’auteur et reproduites dans des publications, contribueront à un changement de mentalité. Si le regard de ce photographe reste celui d’un membre de la classe moyenne sur les enfants du Lower East Side, ses images apportent une nouvelle vision de la pauvreté, en phase avec un enfant désormais perçu comme innocent par la société. Par ailleurs, cet usage particulier du rôle probant de la photographie en soutien du texte inaugure un nouveau mode de communication dont les réformateurs useront afin d’émouvoir et de faire réagir le public des classes moyennes et aisées.

 

 

La statue de la liberté, œuvre de Bartholdi, offerte par la France aux États-Unis, est inaugurée en 1886. Cette image des États-Unis qui accueille les immigrants débarquant à Ellis Island après leur traversée de l’Atlantique est contemporaine des photographies de Riis, contemporaine mais ô combien différente. Les photographies de Riis témoignent de l'envers du rêve américain.

 

New York et l’immigration

 

La croissance urbaine

Entre 1820 et 1890, plus de dix millions d'immigrants s'installent dans la métropole américaine, fuyant les difficultés économiques et les persécutions qui ont lieu en Europe. En 1910, 40% de la population était née à l‘étranger. Les photographies de Riis sont contemporaines de l’ouverture des services d'immigration d’Ellis Island (1892).

La population de New York (source Wikipédia)

 

 

 

 

 population de New York

 

 

 

 

 

 

 

Face à cette croissance démographique, les autorités municipales étendirent à l'ensemble de l'île de Manhattan le plan d'urbanisation (cf. plans ci-dessous). En 1900, Manhattan est entièrement lotie. Avec l'essor démographique, l'offre de logement devient vite insuffisante. Les populations pauvres s'entassent dans des appartements étroits et insalubres appelés tenements. Une loi de 1879 exige toutefois que chaque pièce ait au moins une fenêtre pour améliorer la ventilation et la luminosité. Les clichés exposés témoignent de l’existence d’une autre réalité.

Pour l’essentiel les photographies exposées ont été prises dans le Lower East Side, à proximité de la rue Mulberry.

 

 

 Plan de New York

 

 

 

 

 

 

Origines des populations immigrées

 

Les migrants les plus nombreux sont d'abord les Allemands et les Irlandais : les premiers quittent leur pays à la suite des Révolutions de 1848 et les seconds à cause de la grande famine. Des quartiers « ethniques » se constituent à Manhattan : par exemple, les Allemands, les européens de l’Est notamment de confession juive se concentrent dans le Lower East Side, largement documenté par Riis. Les inscriptions en yiddish sur certains clichés témoignent de l’immigration juive d’Europe centrale. Les titres donnés à certains clichés mais que l’absence de cartel ne permet d’identifier ici, traduisent l’immigration italienne (par exemple la mère et son nourrisson emmailloté, Jersey street, mère italienne et son bébé, 1890).

 

L’envers de la ville lumière : l’urbanisme

 

On peut être surpris par l’absence de gratte-ciel. On découvre une autre vision de New York, celle des quartiers populaires, des constructions relativement basses et parfois de fortune, des tenements.

Les photographies de terrains vagues témoignent soit de la démolition de quartiers insalubres ou de création de parcs urbains pour lesquels milite J Riis.

 

Jacob Riis

 

 

4.3 La misère des immigrés

 

Il convient d’emblée d’éviter toute confusion dans les esprits. On ne traite pas ici, des conditions de vie difficiles des ouvriers mais bien de celles des immigrés débarqués à New York, ouvriers ou non. Les différents clichés exposés permettent de mener une étude détaillée des conditions de logement des populations immigrées du Lower East Side : caves (Quatre ans que je dors dans cette cave, 1892), sous-sol, densité d’occupation (Occupants d’un logement social surpeuplé de Bayer Street, 1889), dortoirs collectifs de fortune (Couchettes dans une pension à 7 cents, Pell Street, 1887). D’autres témoignent de l’absence de tout logement : tente improvisée, enfants des rues (Un camion en guise de terrain de jeux, 1892), abris de fortune sous les pontons du port (Les rats des docks dans leur repaire, 1887).

Riis souligne également la pénibilité du travail pour ces immigrés : ateliers domestiques et parfois clandestins encombrés et surchargés (Culottes à 45 cents la douzaine, Ludlow Street, 1890 ; Famille de bohémiens fabriquant des cigares à domicile, 1890), travail des jeunes enfants (La petite Susie au travail, 1892)... Les clichés prenant les enfants pour sujet témoignent du propos misérabiliste de Riis : enfants au travail, fillettes condamnées très jeunes à assumer les

charges d’une famille (Katie J’récure, 49e Rue Ouest, 1892), enfants des rues... La touche finale est apportée par La fosse de Porter street, 1891, fosse commune où sont enterrés ceux qui meurent dans l’anonymat et le dénuement. Bien que Riis montre également les initiatives charitables (écoles de la Children Aid society, cours du soir) et quelques améliorations comme les démolitions (Vieille maison en cours de démolition sur Bleeker street, 1890) ou les créations de parcs urbains (Jeux d’enfants à Poverty Gap, Coney Island, 1892), la plupart des clichés mettent à mal le rêve américain, l’espoir qui a nourri le départ de nombreux européens.

 

Jacob Riis a connu lui-même le sort des immigrés, débarquant un jour de 1870 sur les quais de New York en provenance du Danemark. Cette expérience explique à la fois son empathie pour les populations qu’il photographie et son obstination à dénoncer la misère qui les frappe.

 

 

 

EXERCICE : en prenant les photographies de Jacob Riis , vous pouvez les placer sur une carte de New York et ainsi commencer à travailler les inégalités urbaines

 

Consultez le site sur Jacob Riis ici